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#LesMoulinsEC 2020 : quel sera l'impact de la révolution numérique sur l'emploi ?

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Catégorie : Actualité des métiers du chiffre
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47% des emplois automatisés en 2033 : réalité ou prévision catastrophe ?

L'automatisation d'une partie des activités de la profession comptable n'est pas une problématique isolée, ou nouvelle. Elle est même tout le contraire, à la fois universelle et très ancienne. Mais les conséquences sur l'emploi seront plus qualitatives que quantitatives, selon la dernière étude des Moulins, think tank de la profession comptable.

Chacune des 3 premières révolutions industrielles, voire chaque progrès technique majeur, a posé la question de l'apparition du « chômage technologique », c'est à dire du potentiel remplacement de l'homme par la machine.

La transformation numérique que nous vivons, parfois appelée 4e révolution industrielle, s'inscrit dans cette continuité. Ce phénomène, violent et soudain a profondément modifié nos habitudes de vie, mais aussi totalement bouleversé l'équilibre du monde économique que nous connaissions.

Quels seront les impacts de cette révolution numérique sur l'emploi ?

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Des prévisions quantitatives contradictoires

Depuis 2013, de nombreuses études ont tenté de chiffrer les conséquences de l'automatisation sur l'emploi. Seul problème, aucune de ces études n'annonce le même chiffre. Parmi les prévisions les plus pessimistes, on trouve une étude réalisée par l'université d'Oxford en 2013 : selon ses auteurs, au cours des 20 prochaines années, aux États-Unis, 47% des emplois ont une probabilité forte d'être automatisés.

A l'époque, ce chiffre avait fait couler beaucoup d'encre. Depuis, les méthodes ont évolué, et les estimations se sont affinées. Désormais, on estime que la part des emplois totalement automatisables se situe entre 6% et 15%.

Comment expliquer une telle différence ? La prise en compte de deux paramètres importants, mais non intégrés dans les premières études, ont permis d'actualiser les prévisions :

  • les freins économiques et sociaux (résistance au changement par exemple) ;
  • l'hétérogénéité des tâches qui composent les métiers.

Les chercheurs d'Oxford considérait en effet dans la première version de leur étude, qu'à partir du moment où une partie d'un métier était automatisable, c'est le métier tout entier qui l'était. En d'autres termes, on a confondu métier et tâche. L'étude des Moulins revient donc sur ces notions.

 

Qu'est-ce qu'un métier ? Qu'est-ce qu'une tâche ?

Les auteurs proposent les définitions suivantes :

  • un métier ou emploi correspond à l'exercice par une personne d'une activité dans un domaine professionnel. Il n'est pas lié à une entreprise ou à une organisation, il est au contraire générique. Un métier est constitué d'un ensemble de tâches ;

Dans la profession comptable, on pourrait citer :  assistant comptable, collaborateur comptable, chef de mission, secrétaire, etc.

  • un poste correspond à une situation de travail individuelle et donc souvent à une personne en particulier. La fiche de poste décrit les missions, les activités et les tâches que doit accomplir un collaborateur pour un poste donné, au sein d'une structure donnée ainsi que les compétences spécifiques requises pour occuper ce poste ;

Cette définition s'applique par exemple au responsable du service social.

  • une tâche correspond à un « bout » de métier, une action à réaliser

Par exemple : collecter les pièces, saisir les opérations, faire un rapprochement bancaire, faire un entretien avec un client, établir un bulletin de paie, préparer un PV d'assemblée, ...


Pour aboutir à une estimation la plus juste possible de l'impact de l'automatisation sur l'emploi, les auteurs de l'étude des Moulins ont donc choisi de s'intéresser aux tâches qui composent chaque métier et non aux métiers pris dans leur ensemble, en :

  • évaluant la part relative des tâches dans l'ensemble du métier ;
  • comprenant son contenu et son évolution ; 
  • estimant la probabilité de son automatisation en tout ou partie.

 

Quelles sont les tâches et les emplois « automatisables » ?

Dans sa première étude, le think tank des Moulins décrivait dans le détail les tâches les plus susceptibles d'être automatisées : répétitives, à faible valeur ajoutée, à forte intensité de main-d'œuvre, comportant des risques élevés d'erreurs humaines,...

Mais attention, tâche automatisable ne signifie pas forcément tâche automatisée. C'est ce que rappelle l'OCDE, selon laquelle il n'existe pas de « déterminisme technologique » :

« Le fait qu'une technologie existe n'implique pas nécessairement qu'elle se diffuse et change la manière dont les gens vivent et plus spécifiquement travaillent. En fait, on observe des preuves révélant que la diffusion des technologies est très hétérogène selon les pays, les secteurs et les entreprises ».

 

La transformation numérique crée aussi des emplois

C'est en effet un autre facteur à prendre en compte : l'automatisation, va supprimer de très nombreux emplois, certes, mais elle va aussi en créer. De nouveaux besoins apparaissent et de nouveaux métiers pour les satisfaire aussi. Ce phénomène n'est pas marginal : un think tank californien, l'Institut du Futur, estime ainsi que 85% des métiers de 2030 n'existent pas encore !

Au final, il apparaît probable que, comme dans les précédentes périodes d'innovation technologique, l'impact sur l'emploi se fasse en deux temps :

  • d'abord un ajustement, avec des suppressions de postes, le temps que les technologies nouvelles remplacent les anciennes ;
  • une fois que les nouvelles activités seront suffisamment développées, à plus long terme, un mouvement à la hausse, avec des créations d'emplois.

 

L'enjeu principal est qualitatif, pas quantitatif

S'ils divergent sur l'estimation des emplois supprimés, les experts sont tous d'accord pour dire que la révolution numérique va profondément transformer la plupart des emplois dans tous les secteurs d'activité, entre 50 et 60% selon les estimations.

Tout l'enjeu est donc d'identifier les domaines dans lesquels la supériorité technique de la machine est indiscutable, et rend les connaissances humaines obsolètes, et ceux dans lesquels la technologie peut compléter l'humain. Puis d'en tirer les leçons en matière de gestion des compétences :

  • une obsolescence accélérée ;
  • une augmentation du niveau requis ;
  • la déqualification de certains emplois.

 

L'obsolescence accélérée des compétences

L'accélération des technologies a pour effet de rendre plus rapidement dépassée les compétences des collaborateurs. Dans un monde davantage automatisé, un salarié qui n'actualise pas régulièrement ses compétences risque de se retrouver assez vite en difficulté. A titre d'exemple, selon un rapport de Deloitte, entre les années 80 et aujourd'hui, la durée de vie d'une compétence est passée de 30 ans à ... 5 ans !

Seule solution face à cette accélération de la dépréciation des compétences techniques : s'adapter en permanence, « apprendre, désapprendre et réapprendre » tout au long de sa carrière.

 

L'augmentation du niveau de compétence requis

La transformation des emplois restants impose une adaptation des méthodes, des savoir-faire, et donc de nouvelles compétences. Dans la mesure où la technologie remplace l'homme sur les aspects « simples », c'est à l'humain de prendre en charge les aspects complexes de l'activité.

C'est ainsi qu'on constate que la transformation des postes se traduit souvent par une augmentation du niveau des compétences requises. La connaissance historique du métier et des méthodes ne suffit plus à qualifier une personne pour occuper un poste transformé.

 

La déqualification de certains postes

A l'inverse, on constate également un phénomène de déqualification de certains postes. Lorsque l'introduction de robots automatise très fortement des activités anciennement gérées par des salariés, toute la connaissance et l'expérience accumulées au cours des années sont rendues inutiles, et le poste vidé de sa substance technique.

Cette déqualification est synonyme de perte d'employabilité et de précarisation de l'emploi, générant souvent une importante souffrance psychologique.

 

Quels enseignements pour la profession comptable ?

Les conséquences de la révolution numérique sur l'emploi n'ont pas fini de se faire sentir. C'est désormais incontestable. Mais selon l'étude des Moulins, les aspects quantitatifs de ce bouleversement ont parfois masqué l'enjeu principal : une transformation qualitative des tâches et des métiers.

La profession comptable risque d'être encore plus impactée que la moyenne, un grand nombre de tâches de la profession correspondant précisément à la définition des tâches automatisables. Quelles sont donc les conséquences concrètes sur l'organisation des tâches dans les cabinets, et les compétences de demain ?

Ce sujet fera l'objet d'un deuxième article consacré à l'analyse de cette 3e étude du think tank des Moulins 2020.

étude LesMoulinsEC

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Julien Catanese

Julien Catanese
Directeur éditoral de Compta Online, média communautaire 100% digital destiné aux professions du Chiffre depuis 2003.
Diplômé d'expertise comptable, après 7 ans en tant que rédacteur en chef puis directeur de la rédaction Fiscalistes et experts-comptables chez LexisNexis, je rejoins l'équipe Compta Online en juin 2020.
Suivez moi sur Linkedin et sur Twitter.


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