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[Tribune] Face aux colporteurs de faillite, restons optimistes !

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Catégorie : Actualité des métiers du chiffre
Défaillances d'entreprises

La « vague de défaillances » d'entreprises annoncée régulièrement depuis mi-2020 n'est toujours pas là. Faut-il l'attendre en 2021, ou existe-t-il au contraire des raisons d'être optimiste ?

Dans cette tribune, Michel Di Martino, expert-comptable et ancien président du tribunal de commerce de Lons-le-Saunier, réfute les « informations pessimistes » et explique pourquoi selon lui, l'avenir sera sans doute meilleur que prévu.

Des prévisions pessimistes sans cesse repoussées 

Beaucoup d'observateurs économiques, statisticiens ou politiques déclarent, diffusent et pronostiquent des informations pessimistes dans leurs prévisions de défaillances des entreprises :

  • en juillet 2020, Euler Hermes estimait que les faillites d'entreprise devraient croître de 25% en France entre 2019 et 2021, la majeure partie d'entre elles devant survenir entre fin 2020 et le 1er semestre 2021 ;
  • d'après la COFACE, 22 000 faillites devraient se matérialiser d'ici 2022 ;
  • selon EULER-HERMES, les défaillances devraient dépasser la barre des 60 000 en 2021 et 127 000 entreprises pourraient faire faillite d'ici 2022 ;
  • l'INSEE table désormais sur une progression de près de 58 000 emplois pour le 1er trimestre 2021, alors qu'il en prévoyait 77 000 de moins en décembre 2020 ;
  • le président de la CPME estime que « la sinistralité peut osciller entre 65 000 et 100 000 défaillances, dès lors que les mesures de soutien seront débranchées » (déclaration sur BFM Business).

De nombreux analystes reportent régulièrement leurs pronostics de faillites depuis le 3e trimestre 2020... ne voyant rien venir. Il faut au contraire rester raisonnable dans ses déclarations, et ne pas diffuser à tort et à travers des informations pessimistes, voire trompeuses.

 

Une nette baisse des défaillances due à une aide massive de l'État

« N'exagérons pas les alarmes, même si la prudence s'impose ! » (Directeur de la Banque de France). A ce jour, voici les chiffres :

  • 50 000 défaillances en 2019 ;
  • 32 000 en 2020 (-40%) ;
  • 28 500 défaillances cumulées sur 12 mois à fin Avril 2021 (-35,3%)

En 2020, 20 000 faillites manquent donc à l'appel par rapport à 2019... Dans d'autres pays, la tendance est généralement similaire (évolution des défaillances d'entreprises entre 2019 et 2020) :

  • Italie : - 32% ;
  • Allemagne : - 15% ;
  • Espagne : - 7% ;
  • Portugal : + 16% ;
  • Moyenne communauté européenne : - 21%.

Le « rush » annoncé n'est donc toujours pas là. Faut-il rappeler qu'à ce jour 675 000 prêts garantis par l'État ont été accordés, représentant 138 milliards d'¤ de trésorerie injectés dans les entreprises ?

 

Être optimiste sans être naïf

Alors bien sûr, il n'est pas question d'être naïf : le faible nombre de défaillances a pour origine la batterie impressionnante de mesures de soutien aux entreprises en difficulté :

  • chômage partiel ;
  • fonds de solidarité, aide au stock, aide au coûts fixes ;
  • exonération et reports de charges sociales et fiscales ;
  • moratoires accordés par les banques ;
  • reports de loyers ;
  • PGE et prêts et avances directs de l'État, prêts rebonds ;
  • mesures particulières pour les secteurs en sous-activité prolongée etc...

On peut penser que la courbe des défaillances remontera, mais pas d'un seul coup. Les PGE commenceront à être remboursés, pour la plupart en mai 2022, mais étalés, et pour beaucoup sur 4 ans ou 5 ans. Mais bien entendu, un retour à un rythme normal des défaillances sera naturellement à prévoir.

Toutefois, il y a fort à parier que le gouvernement, après avoir déployé toutes ces mesures, n'abandonnera pas les entreprises encore en difficulté après la période Covid-19, et permettra leur atterrissage en douceur. Le ministre des Finances a encore récemment annoncé un délai possible de 3 ans pour les entreprises qui auront des difficultés à régler leur retard de cotisations sociales.

De son côté, la Banque centrale européenne recommande aux États membres d'être vigilants dans le retour à la normale de l'économie et le retrait des mesures de soutien. La Commission européenne pourrait d'ailleurs participer à ce soutien, en faisant sauter le verrou de la durée de remboursement sur 6 ans des PGE et en permettant de prolonger la durée de ces prêts avec garantie de l'État sur 8, 10 ans et pourquoi pas 12 ans dans certains cas bien particuliers. On éviterait ainsi la prise en charge par l'État, sous forme de subventions, de ces défaillants.

Bien sûr, dans tous les cas, un tri s'avèrera nécessaire pour sélectionner les entreprises viables de celles qui ne le sont plus... les entreprises structurellement fragiles avant le Covid-19, le resteront probablement après, et ce, malgré les aides gouvernementales. Toutefois, d'après les données d'une grande banque régionale que j'ai pu consulter, seules 8% des entreprises devraient avoir des difficultés à rembourser le PGE. Il faudra les assister bien entendu, mais globalement la volonté de rembourser est bien dans l'esprit des entreprises.

 

Des raisons de rester optimiste

Il existe par ailleurs des raisons objectives de rester optimiste :

  • le dernier baromètre Bpifrance Le Lab et Rexecode, réalisé entre les 19 et 28 avril auprès de 1 988 TPE et PME, est au beau fixe malgré le 3e confinement ;
  • alors que l'avis des dirigeants sur leur niveau de trésorerie était déjà bon en février, la tendance plafonne à un seuil élevé. Ils ne sont plus que 27% à anticiper une détérioration de leur trésorerie, contre 82% il y a un an au plus fort de la crise ;
  • leur optimisme se répercute sur l'investissement, avec 57% des chefs d'entreprise interrogés qui comptent investir en 2021 (Le Figaro, 10/05/21) ;
  • d'après un sondage IFOP-LES ECHOS, deux tiers des chefs d'entreprise se disent optimistes sur l'après crise ; 
  • 80% des salariés se disent satisfaits de leur situation professionnelle et 60% des sondés affirment que la crise Covid a renforcé leur attachement à leur entreprise ;
  • pour le directeur de la Banque de France, la perte d'activité d'avril 2021 (due au 3ème confinement) demeure compatible avec la prévision de croissance sur l'ensemble de l'année à + 5% ;  
  • et enfin, d'après la commission européenne, la France aurait un taux de croissance le plus élevé d'Europe en 2021 : + 5,7%.

Vous avez compris : restons optimistes !

Michel Di Martino

Michel Di Martino est expert-comptable et commissaire aux comptes, et ancien président du tribunal de commerce de Lons-le-Saunier


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