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Analyse financière des entreprises en difficulté

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Catégorie : Le monde des entrepreneurs
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Modifié le 08/11/2019

Comment anticiper les difficultés de son entreprise ?

L'analyse financière et la gestion de trésorerie sont les principaux moyens qui permettent à l'entreprise de détecter les éventuels signes de dégradation financière et permettent donc au chef d'entreprise de se protéger et garantir la pérennité de son entreprise.

L'analyse financière de l'entreprise en difficulté se situe dans un environnement où la survie de l'entreprise est menacée. Il peut s'agir de difficultés particulières ou de la survenance d'un litige.

L'un des principaux indices qui peuvent expliquer la difficulté financière d'une entreprise est son incapacité à honorer ses engagements financiers auprès de ses différents créanciers. Plusieurs autres signes peuvent expliquer qu'une entreprise soit en difficulté financière : détails dans notre article.

 

Quelles analyses pour détecter les signes de dégradation financière d'une entreprise ?

Le diagnostic financier via l'analyse financière permet d'alerter le chef d'entreprise sur les difficultés financières de son entreprise. Nous citons les principaux signes de dégradation financière.

L'analyse de la trésorerie

Signes de dégradation :

  • une trésorerie négative ;
  • un besoin en fonds de roulement (BFR) positif.

La trésorerie est la pierre angulaire de l'entreprise, une mauvaise gestion de celle-ci peut impacter négativement la solidité financière de l'entreprise, parmi les principaux facteurs qui peuvent expliquer une dégradation de trésorerie :

  • une mauvaise anticipation du BFR : décalage entre facturation et encaissement (des délais de paiement client long ou non respecté) ou décaissement (un délai de paiement fournisseur très réduit), augmentation du BFR ;
  • l'augmentation des impayés face à l'insolvabilité des clients (augmentation du nombre de litiges clients, etc.) ;
  • une baisse d'activité face à une concurrence forte (diminution du carnet de commandes, baisse des prix, etc.) ;
  • une augmentation des stocks par une rotation lente de ces derniers : risque d'obsolescence potentielle des produits en stock ;
  • une absence d'outil de gestion de trésorerie.

Une simple dégradation de trésorerie peut amener l'entreprise à demander un financement à très court terme (découvert, facilité de caisse, etc.) auprès de sa banque. Si l'entreprise n'arrive pas à négocier ce concours bancaire ou si elle dépasse la limite d'autorisation de son crédit, elle risque de mettre la clé sous la porte et son sort sera dans les mains de la banque.

 


L'analyse des capitaux propres

Signe de dégradation : capitaux propres négatifs

Un résultat négatif cumulé dans le temps peut impacter les capitaux propres de l'entreprise. Lorsque les capitaux propres deviennent négatifs, une formalité juridique peut être nécessaire pour reconstituer le capital.

Selon l'article L223-42 du code de commerce, une société de type SARL est obligée de reconstituer ses capitaux propres, si ceux-ci sont inférieurs à la moitié du capital social. Si aucune action n'est menée dans les deux ans pour rééquilibrer la situation, l'activité de l'entreprise peut être dissoute.

Pour reconstituer son capital, l'entreprise à plusieurs possibilités :

  • faire une augmentation de capital (apport en numéraire) ; 
  • faire une augmentation de capital par incorporation des réserves ; 
  • faire une réduction de capital (par absorption des pertes) ;
  • réaliser des bénéfices et absorber les pertes ; 
  • procéder à la réévaluation libre.

L'analyse de l'endettement et du respect des échéances

Signes de dégradation : 

  • un endettement trop élevé (ratio : endettement/capitaux propres élevés) ;
  • une augmentation des frais financiers ;
  • l'atteinte des limites d'autorisation de crédits (incapacité à négocier un nouveau concours bancaire) ; 
  • des échéances non respectées (fournisseurs, état, etc.) ;
  • des difficultés de remboursement (Capacité de remboursement faible).

Pour calculer la capacité de remboursement de l'entreprise :

Capacité de remboursement = dettes financières / CAF

Cet indice doit être le plus faible possible, si ce n'est pas le cas cela signifie que l'endettement de l'entreprise est trop important compte tenu de la richesse qu'elle crée. La plupart des banques risquent de refuser de lui accorder un nouveau prêt. Un excès d'endettement financier peut également avoir une répercussion directe sur la trésorerie, étant donné qu'il est accompagné par des échéances de paiement et des intérêts conséquents à honorer. En cas de difficultés de remboursement, les créanciers de l'entreprise pourront exiger le paiement de leur créance ce qui peut entraîner la liquidation de la société si celle n'arrive plus à suivre.

Certaines mesures juridiques de prévention des difficultés permettent de rééquilibrer la structure financière de l'entreprise, nous citons l'essentielle d'entre elles :

Le rééchelonnement de la dette

C'est une procédure qui consiste à réaménager l'échéancier du prêt accordé à l'entreprise : allongement de la durée de l'emprunt, la modification du taux d'emprunt, la réduction des montants des mensualités à payer par l'entreprise à son créancier.

Le mandat ad hoc

C'est une procédure préventive et confidentielle de règlement amiable des difficultés, qui permet de rétablir la situation financière d'une entreprise avant qu'elle soit en cessation des paiements. Dans cette procédure sont réunies deux parties opposées par l'intermédiaire d'un tiers appelé mandataire ad hoc dont le rôle est de favoriser le dialogue entre ces derniers dans le cadre d'une procédure encadrée.

La procédure de conciliation

Également confidentielle dans un cadre plus protecteur que le mandat ad hoc, cette procédure a pour objectif de trouver un accord amiable entre l'entreprise et ses principaux créanciers et partenaires, et donc de mettre fin aux difficultés financières de l'entreprise et à la cessation des paiements éventuelle.

La procédure de sauvegarde

C'est une procédure dont l'objectif est d'éviter le redressement judiciaire d'une entreprise, elle permet de geler le passif antérieur à l'ouverture, et l'interdiction de poursuivre le débiteur pour obtenir le paiement de ce passif (suspension des poursuites). L'entreprise peut ainsi poursuivre son activité, maintenir ses emprunts et apurer son passif grâce à un plan de sauvegarde à l'issue d'une période dite d'observation dans laquelle sont fixées les conditions de poursuite de l'activité et les modalités de remboursement du passif.

Le redressement judiciaire

Cette avant-dernière étape suppose que l'entreprise est en cessation de paiement et que son rétablissement est possible. Son objectif principal comme pour la procédure de sauvegarde est de permettre la poursuite d'activité de l'entreprise, le maintien de l'emploi et l'apurement du passif, grâce à un plan de redressement. Ce dernier est réalisé après une période d'observation de 6 mois pendant laquelle un bilan économique et social de l'entreprise est établi. Le plan de redressement est mis en place lorsque l'activité de l'entreprise est considérée comme viable. Dans le cas contraire, une procédure de liquidation judiciaire est ouverte.

La liquidation judiciaire

Cette procédure suppose que l'entreprise en difficultés est en cessation de paiement et que son rétablissement est quasiment impossible. Elle met fin à l'activité du débiteur, ses biens sont vendus pour rembourser les différents créanciers. À partir du jugement qui prononce la liquidation judiciaire, l'entreprise doit cesser immédiatement son activité.

L'analyse de la rentabilité

Signe de dégradation : une rentabilité financière insuffisante comparée aux autres entreprises du secteur.

Le ratio de rentabilité financière est calculé par le ratio chiffre d'affaires divisé par le résultat, si ce dernier est inférieur au taux de rentabilité financière moyen des entreprises comparables, c'est un mauvais signe pour l'entreprise.

D'autres signes peuvent expliquer la dégradation financière d'une entreprise :

  • conflits entre les associées, climat social détérioré, demandes de sortie du capital de certains associés / actionnaires ;
  • qualification insuffisante de personnel, manque de formation, manque de motivation, des difficultés à recruter, mouvements de grève, démission des cadres, etc.

 

L'analyse financière de l'entreprise en difficulté : l'optique de liquidation

Les méthodes d'évaluation des entreprises ne sont pas tout à fait les mêmes lorsque l'entreprise est en bonne santé et lorsqu'elle est en redressement ou liquidation judiciaire.

Les comptes annuels d'une entreprise sont généralement réalisés dans une optique de continuité d'exploitation. Cette optique influence l'analyse financière qui sera faite avec la même hypothèse sous-jacente.

En cas de liquidation judiciaire, l'analyste financier envisage une autre optique, celle de la disparition imminente de l'entreprise. L'évaluation de l'entreprise en difficulté se fera alors dans une optique de liquidation. En cas de redressement judiciaire, les deux optiques seront envisagées, celle de la liquidation de l'entreprise et celle du redressement.

Houssam BIRAMANE

Houssam BIRAMANE
Consultant en pilotage financier
Rédacteur financier indépendant

Analyse financière des entreprises en difficulté

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