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Endrix, premier cabinet d'expertise comptable et de conseil à lever des fonds via Bpifrance

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Catégorie : Actualité des métiers du chiffre
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Endrix

David Humbert, président d'Endrix nous explique pourquoi et comment il a choisi d'avoir recours à une levée de fonds de 5 millions d'¤ auprès de Bpifrance, devenant ainsi le premier cabinet d'expertise comptable à compter cette banque d'investissement à son capital.

Pouvez-vous nous raconter l'histoire d'Endrix ? 

Endrix s'est beaucoup développé ces dernières années. J'ai pris la présidence du groupe en 2007, et à l'époque, nous réalisions 7 millions d'¤ de chiffre d'affaires, avec 80 personnes environ. Aujourd'hui Endrix c'est une ETI d'environ 47 millions d'¤ de chiffre d'affaires et 500 collaborateurs. Notre stratégie de développement s'est portée sur 2 axes :

  • un développement géographique cohérent d'abord, car nous nous sommes concentrés sur la ligne Paris-Lyon-Marseille ;
  • la diversification ensuite, en n'hésitant pas à aller au-delà de nos métiers historiques (expertise comptable, audit, social, juridique).

Pour cela, nous avons créé il y a plus de 10 ans une structure en gestion de patrimoine, puis une deuxième pour des missions de prévoyance et de protection sociale. Un peu plus tard, nous avons repris des structures spécialisées dans la recherche de financements, ou encore dans le recrutement de haut niveau.

Plus récemment, nous avons élargi notre gamme dans 3 domaines :

  • la RSE, avec une équipe de consultants spécialisés, car nous ambitionnons de devenir un acteur majeur sur ces sujets ;
  • l'interprofessionnalité, en créant notre structure constituée de 5 avocats à ce jour (corporate/droit des sociétés, fiscalité et droit social) ;
  • la sécurité informatique, avec une opération menée en début d'année 2022. 

A terme, nous visons un tiers du chiffre d'affaires généré par ces activités « non traditionnelles », contre environ 12% aujourd'hui. Deux événements majeurs ont également marqué ces dernières années :

  • notre changement de nom, qui était nécessaire pour harmoniser notre offre et nous rendre plus visibles sur le marché ; 
  • l'arrivée de Bpifrance au capital.

 

Pourquoi avoir décidé de réaliser une levée de fonds avec Bpifrance ? 

Cette levée de fonds remplissait 3 objectifs :

  • accélérer notre croissance externe ; 
  • faciliter nos investissements dans le secteur de la cybersécurité et de la data ;
  • accroître notre visibilité.

Compte tenu de ces objectifs, pour nous, faire appel à un acteur majeur comme Bpifrance était une évidence. L'approche neutre, institutionnelle de Bpifrance nous convenait en effet parfaitement.

Ensuite, cette institution connaît bien les secteurs qui nous intéressent en termes de développement, et peut donc nous accompagner par des co-investissements si cela s'avère nécessaire. Lors des discussions de rachat, c'est toujours un plus. La présence de Bpifrance à nos côtés rend ainsi notre projet plus séduisant et plus crédible aux yeux des cédants. 

Enfin, depuis cette levée de fonds, on n'a jamais autant parlé de nous ! Ces derniers mois, j'ai eu tous les patrons de gros cabinets au téléphone : beaucoup souhaitent nous connaître, comprendre cette opération, ou réfléchir à des projets communs. C'était aussi un de nos objectifs : sortir du lot des cabinets intermédiaires, en ayant une stratégie de développement originale. En étant aujourd'hui le seul cabinet d'expertise comptable avec Bpifrance à son capital, l'objectif est rempli.

 

Quelles ont été les modalités de cette levée de fonds ?

Il s'agit tout simplement d'une augmentation de capital. Bpifrance a investi 5 millions d'¤ pour prendre environ 10% du groupe. C'est un véritable projet de développement, pas de restructuration actionnariale.

 

Cette levée de fonds a-t-elle généré de l'inquiétude au sein de vos équipes ?

Non, aucune. D'une part parce que nous avons abordé le sujet très tôt en interne, en tenant de nombreuses discussions avec les équipes. Ensuite, parce que le caractère neutre et la notoriété de Bpifrance ont rassuré tout le monde. Pour tout vous dire, le changement de nom a fait davantage parler en interne que la levée de fonds.

 

N'était-il pas possible d'atteindre les mêmes objectifs avec un financement bancaire classique ?

Effectivement, nous travaillons tous les jours avec des établissements bancaires : la partie « financement » de notre stratégie pouvait donc sans problème être atteinte par ce type de partenaire.

Néanmoins, l'apport de Bpifrance s'avère indispensable pour atteindre les autres objectifs, à savoir gagner en crédibilité et en connaissance métier sur des secteurs périphériques à l'expertise comptable, et notamment la cybersécurité et la data.

 

Pourquoi ne pas avoir envisagé de vous tourner vers un fonds d'investissement anglo-saxon par exemple ? 

C'était exclu à la fois pour des raisons d'image et d'indépendance. Le mode de fonctionnement de Bpifrance, qui gère ses participations « en bon père de famille », nous convient parfaitement. Nous n'avons pas d'objectifs financiers démesurés, ni de pression à court terme sur les résultats : Bpifrance n'est pas interventionniste dans ce domaine, et nous avons des échanges avec eux comme avec n'importe quel actionnaire. Ils ont adhéré au projet en l'état, et il n'y a donc pas eu de bouleversement de notre gouvernance.

Bpifrance nous permet aussi d'envisager un parcours commun sur le long terme : ils ont la capacité de rester 15 ou 20 ans à nos côtés si nous le souhaitons. 

 

Comprenez-vous l'inquiétude de certains experts-comptables quant à un phénomène de « financiarisation » de la profession ? 

Pour moi il s'agit davantage d'une opportunité que d'un risque. L'arrivée de nouveaux acteurs va permettre de faire bouger les choses sur un marché un peu trop immobile. La profession est enfermée dans la prison dorée des activités réglementées. Le fait qu'elle soit un peu confrontée au marché ne peut pas faire de mal.

Toutefois, je ne suis pas du tout persuadé qu'il y aura une déferlante massive de fonds dans la profession. Il y aura sans doute quelques opérations, des opportunités, mais je ne crois pas que cela révolutionnera le marché.

Sur le plan des valorisations, cela peut changer un peu la donne, mais cela devrait surtout remettre un peu de justice dans les transactions. On sort progressivement du sacro-saint multiple de chiffre d'affaires, pour aller vers des approches davantage orientées vers la rentabilité. C'est une bonne chose, car les cabinets qui ont fait l'effort de se moderniser peuvent tirer leur épingle du jeu.

Acheter un cabinet rentable à un prix élevé ne pose pas de problème. Ce qui coûte cher, c'est d'acheter avec un multiple de chiffre d'affaires un cabinet au personnel vieillissant et aux méthodes obsolètes.

 

Vous considérez-vous toujours comme un cabinet d'expertise comptable ?

Quand on analyse notre chiffre d'affaires aujourd'hui, on voit que 80% environ de notre activité reste issue du métier d'expert-comptable. Il serait donc présomptueux de nier cette réalité. Cependant, dans l'esprit, cela fait bien longtemps que nous nous considérons comme une ETI de services, qui développe tout un panel d'activités pour répondre aux besoins des dirigeants.

Julien Catanese Aubier

Julien Catanese Aubier
Directeur éditorial de Compta Online, média communautaire 100% digital destiné aux professions du Chiffre depuis 2003.
Diplômé d'expertise comptable, après 7 ans en tant que rédacteur en chef puis directeur de la rédaction Fiscalistes et experts-comptables chez LexisNexis, je rejoins l'équipe Compta Online en juin 2020.
Suivez moi sur Linkedin et sur Twitter.


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