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Experts-comptables franciliens : une profession en mouvement

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Laurent Benoudiz : une stratégie ambitieuse pour la profession d'ici 2019

L'Ordre des experts-comptables de Paris Île-de-France est un conseil régional qui bouge. Des universités d'été aux conférences, le conseil régional propose de nombreuses occasions de se former gratuitement.

Laurent Benoudiz, président du CROEC de Paris Île-de France, nous parle de l'avenir de la profession, du RGPD et des projets en cours et à venir.

Bonjour Laurent, vous avez été élu Président du CROEC de Paris Île-de-France.
En quelques mots, pouvez-vous nous dire quel est le rôle d'un conseil régional de l'Ordre ? Plus spécifiquement pour Paris, quels sont les projets à moyen et long terme ?

Le Conseil régional est l'interlocuteur quasi unique des professionnels et dispose de l'ensemble des pouvoirs pour surveiller et gérer la profession :

  • gestion du tableau ;
  • contrôle des membres ;
  • contrôle qualité ;
  • gestion du stage ;
  • résolution des litiges...

De son côté, le conseil supérieur représente la profession devant les pouvoirs publics, porte les projets de réformes et harmonise les pratiques entre les différents conseils régionaux.

L'Ordre de Paris est un peu à part car il représente environ un tiers de la profession et dispose d'un budget suffisant pour lancer des projets et les mettre en œuvre.

En ce qui nous concerne, j'ai réorienté les budgets vers les services aux experts-comptables.

Cela passe par des applications développées en interne :

  • Bbusi pour la mise en relation entre experts-comptables, site gratuit de partage de mission réservés aux seuls experts-comptables ;
  • PON, la Plateforme des Outils Numériques qui recense tous les outils numériques qui permettent aujourd'hui de dématérialiser la relation avec nos clients.

Nous avons encore d'autres projets en cours du même type (ce sera la surprise pour 2018 !) mais l'enjeu principal que nous nous sommes fixé consiste à moderniser et numériser l'ensemble des services de l'Ordre pour améliorer le service aux confrères.

Cela passe par le stage, le contrôle qualité, le tableau mais aussi le règlement des litiges entre experts-comptables et entre les experts-comptables et leurs clients.

Je compte d'ailleurs beaucoup sur le conseil supérieur pour porter le volet législatif de ces mesures dans le cadre de la future loi Le Maire en cours de préparation.

 

Vous vous êtes lancé un pari pour les UEs 2018 à Paris. Le pari de faire des universités d'été 2018, le « Grand marché de la profession » a été annoncé lors de la réunion des partenaires de l'OEC de Paris en janvier 2018.
De quoi s'agit-il ? En quoi consiste ce projet ?

Les universités d'été connaissent chaque année un succès grandissant puisque la dernière édition a réuni près de 6 000 participants. L'ampleur de l'événement ne nous permet plus de poursuivre notre collaboration avec l'université René Descartes, ce que je regrette.

Il nous faut donc organiser les UE au Palais des Congrès dont le coût est bien supérieur. Nous avons un premier objectif qui consiste à amortir cette manifestation qui reste intégralement gratuite pour les cabinets franciliens.

Mais pour accentuer la présence des partenaires, il faut jouer le jeu et leur proposer une véritable rencontre avec les participants. Nous avons donc fait le pari de faire venir des confrères pas seulement pour la qualité des ateliers et des plénières mais aussi pour prendre le temps de rencontrer les partenaires.

C'est un cercle vertueux que nous voulons enclencher : plus de partenaires implique plus de visiteurs qui implique plus de partenaires !

Pour bien faire comprendre que l'espace exposant sera une destination en soi et qu'elle « mérite le voyage », nous l'avons marqueté comme étant le Grand Marché de la Profession : l'occasion de rencontrer dès la rentrée tous les partenaires, les startups, les fournisseurs avec lesquels chaque cabinet travaille.

 

L'OEC de Paris a organisé une conférence sur l'expert-comptable augmenté en février 2018.
Que pensez-vous de ces évolutions ?
Comment voyez-vous l'avenir de l'expert-comptable ?

Le sujet de l'intelligence artificielle, de l'automatisation des processus est d'une importance vitale pour notre profession. Nul ne doute aujourd'hui qu'une grande partie de notre activité va être automatisée. On ne sait pas par qui, on ne sait pas quand mais la situation à moyen / long terme est source d'incertitude.

Ce qui augmente mon inquiétude, c'est que je pense qu'à court et moyen terme, nous devrions n'y voir que des avantages avec notamment une amélioration très sensible de notre productivité. Cela risque de nous endormir !

Pour autant, c'est le renouvellement de nos clients qui va poser problèmes car pour apprécier la qualité de nos prestations, mesurer les services que peuvent rendre les experts-comptables, encore faut-il être en relation avec un expert-comptable !

Actuellement, les jeunes créateur d'entreprise font leurs statuts sur internet et font leur comptabilité gratuitement ou presque sur des sites internet : ils pensent pouvoir fonctionner sans expert-comptable ou imaginent pouvoir consommer nos prestations comme une commodité, ponctuellement, à la carte...

C'est notre modèle économique qui est remis en cause. Comment faire ? quelle stratégie collective ?

J'y pense chaque matin et nous y travaillons avec les élus de l'Ordre en permanence : c'est un sujet qui dépasse de très loin les querelles syndicales et les problèmes courants et qui engage l'avenir de notre profession.

Mon objectif est de pouvoir proposer une stratégie à la profession d'ici 2019 qui soit ambitieuse et cohérente. Pour le moment, nous apprenons et nous échangeons, la conférence du 15 février dernier à la Station F me semble avoir rempli ce premier objectif de sensibilisation et de réflexion !

 

Le règlement général de la protection des données entre en vigueur en 2018.
Selon vous, quels seront les principaux impacts sur les cabinets d'expertise comptable ? Une mise en conformité ? Une nouvelle mission ?

Je crains sur ce sujet d'être un peu à contre-courant du « hype » actuel sur la RGPD qui fait hésiter nos confrères entre le stress d'une nouvelle obligation compliquée et l'hypothèse d'un nouveau marché a porté de main...

Des échanges que j'ai pu avoir et qui ont été réalisés dans le cadre d'un Talk de l'Ordre, lorsque les données détenues par un cabinet le sont à des fins de traitement répondant à la mission confiée par notre client (établir les paies, établir la déclaration fiscale...), sans exploitation à d'autres fins, il n'y a pas besoin de désigner un DPO ni de mettre en place autre chose que le bon sens que pratique déjà nos cabinets : sauvegarde des données, sécurisation à l'aide de mot de passe, etc. La seule obligation consiste à recenser ces pratiques dans un manuel et nous envisageons de proposer un modèle simplifié au niveau de l'institution.

Si par contre, mais je ne crois pas que cela soit très courant, le cabinet décide de faire des traitements statistiques sur les données recueillis par exemple sur les bulletins de salaire des clients, sur les déclarations d'impôt des particuliers, alors il faudra désigner un DPO, mettre en place l'anonymisation ou la pseudonymisation de celles-ci, etc.

De la même manière, je ne crois pas que la plupart de nos clients exploitent les données qu'ils recueillent à d'autres fins que celles pour lesquelles ils les ont collectés !

Il faut par contre rester vigilant si certaines start-up clientes imaginent exploiter les datas à l'identique de ce que peut faire Uber ou Facebook.

Le RGPD a néanmoins le mérite de mettre l'accent sur les sauvegardes et sur la protection contre les intrusions qui sont encore parfois sous-estimés par les entreprises.

 

Et pour finir, un « tweet culte » de Laurent Benoudiz lors de la prestation de serment des nouveaux experts-comptables franciliens en janvier 2018 :


Sandra Schmidt

Sandra Schmidt
Directrice de la rédaction sur Compta Online



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