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Il y a toute une éducation digitale à accomplir dans les métiers des chiffres

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Catégorie : Le monde des entrepreneurs
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Modifié le 19/11/2018
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Il y a toute une éducation digitale à accomplir dans les métiers des chiffres

Charles-Olivier Diebold a connu la vie dans plusieurs grosses entreprises et depuis 4 ans et demi, la vie en start-up. Même si les deux univers l'ont enrichi, il n'échangerait sa situation actuelle pour rien au monde !

Véritable homme de défis, il place le succès de My Company Files dans un contexte unique de proximité et d'écoute avec ses clients, très inspirants dans l'évolution constante de son projet.

Il se confie sur tout cela.

La start-up MyCompanyFiles, née en 2011, propose un outil de communication à part entière, mais aussi une plateforme collaborative qui complète et facilite la relation entre le professionnel et son client. Elle s'inscrit ainsi pleinement dans l'innovation digitale vécue depuis peu par les professionnels des métiers des chiffres.

Nous avons rencontré son fondateur, Charles-Olivier Diebold, pour en discuter plus précisément.

 

Présentation

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Charles-Olivier Diebold est ingénieur mais aussi professionnel du marketing et de la vente depuis 20 ans.

Thales, Schlumberger, Wavecom, Monext sont autant de grands groupes ayant bénéficié de son expertise. Fort de ces expériences solides, il fonde MyCompanyFiles, dans un souci de simplification et d'amélioration des relations entre les professionnels des métiers des chiffres et du droit, et leurs clients.

 

Interview



Pourquoi avoir choisi le nom « MyCompanyFiles » ?

Cela représente un système tout en un pour les professionnels. Parmi eux, on retrouve de nombreux experts-comptables, mais ça ne s'adresse pas seulement à eux ; aux avocats, aux agences de communication, etc.

Dans notre solution, avec un seul et même mot de passe, le client du cabinet retrouve en un seul et même endroit tous ses fichiers échangés, non seulement avec son expert comptable, par exemple, mais aussi avec tous ses prestataires réguliers utilisant la solution. Il retrouve ainsi « tous les fichiers de sa société » d'un seul coup, en ligne, via son ordinateur ou sur son smartphone.

D'après une étude, 70% des français ont un smartphone. Si l'on restreint aux plus de 20 ans, le pourcentage augmente encore. Aussi, nos études montrent que 80% des personnes interrogées (en l'occurrence des collaborateurs de cabinets comptables) ont déjà fait, par exemple, un virement avec leur smartphone. C'est une action qui n'est pas neutre, et qui pourtant semble être rentrée dans les habitudes de beaucoup.

Quand on sait cela, ça devient vite gênant pour un professionnel de ne pas être présent dans le monde numérique, ou digital, et de ne pas avoir d'appli smartphone dédiée.

 

Quelle est votre stratégie ?
Comment la mettez-vous en oeuvre ?
Pourquoi ce choix ?

Notre stratégie, c'est d'apporter une réponse pertinente, en ciblant des professions pour faciliter la relation des membres de cette profession avec leurs clients.

La mise en oeuvre demande beaucoup d'écoute et de travail en amont pour comprendre le besoin, prioriser ces besoins, et proposer une solution qui soit la plus simple possible.

Nous avons fait le constat qu'il n'existait pas de solution indépendante, professionnelle, disponible sur tout type de terminal (« multi-device »), permettant à un professionnel de disposer d'un réel outil de relation client adapté à son métier.

Pour les experts-comptables, par exemple : en général, il y a un logiciel pour la production comptable, un autre logiciel pour la paye, etc ; tous les mois, les collaborateurs envoient des mails de relance à leurs clients. C'est fou de voir que tout se fait encore à la main, dans certains cas, comme regrouper les documents, les traiter, les classer... Ce qui représente un vrai manque pour la relation client.

Nous sommes parvenus à optimiser le processus. On tape là où ça fait mal, où la relation de l'expert-comptable avec son client est en souffrance. Nous avons donc commencé par les experts-comptables en France, mais n'allons pas nous arrêter là.

Il y a deux étapes essentielles dans notre manière de travailler.

Penser métier, ce qu'on fait en créant des connecteurs entre les différents logiciels, qui trouvent un socle commun grâce à notre plateforme.

Penser processus, par le biais de la réception de notifications, de mails une fois par jour en fin de matinée, généralement, pour que le client soit au courant de ce que son interlocuteur a rajouté dans leur dossier. C'est un travail sur une logique très simple de récapitulation. Le fait que ce soit simple fait la force de notre solution.

 

L'aspect innovant de votre projet dans le domaine des chiffres va-t-il au-delà de ce que vous attendiez ?
D'autres portes s'ouvrent-elles à vous ?

Nous avons aussi, en travaillant sur ce marché extrêmement exigeant qu'est l'expertise comptable, été conduits à mettre en place quelques fonctionnalités simples, mais qui peuvent optimiser les processus de toutes sortes de métiers. Cela nous permet d'envisager de nous déployer simplement et efficacement sur d'autres marchés, en proposant des mécanismes similaires dans des processus différents.

On a des idées d'ajouts de modules. Pour cela, notre objectif est de rester toujours ouverts aux propositions des clients.

 

Vos cibles sont-elles atteintes ?
Y a t-il un autre public que vous souhaiteriez toucher ?

Nous avons réussi à pénétrer un marché très exigeant en 3 ans, et nous en sommes très satisfaits.

Nous avons assisté au premier congrès de l'Ordre des experts-comptables en 2012, ce qui fait donc 3 ans et l'on voit clairement la progression de ces trois années. Cela nous a permis une vraie ouverture aux cabinets. Le congrès de l'Ordre nous a beaucoup servi : les gens viennent à notre stand, regardent, s'intéressent, disent qu'ils vont faire un tour... et reviennent. Ils avouent ne rien trouver de comparable. C'est très valorisant ! Avoir été ainsi visibles ouvre la porte à des cabinets qui ne viendraient sans doute pas naturellement.

Nous avons été surpris par la bonne réception du marché sur notre capacité à proposer une application smartphone aux couleurs du cabinet, déclarée sur les appstores, en un temps record et pour un prix record.

Nous sommes vraiment très contents de nos résultats. D'autres marchés se sont ainsi ouverts à nous. On s'y intéresse, tout en préservant l'expert-comptable comme marché de base. Nous allons continuer à nous focaliser sur ce marché, mais nous comptons bien développer l'offre sur d'autres segments.

 

Comment communiquez-vous ?

Nous utilisons toutes sortes de médias, mais aujourd'hui, nous sommes surtout présents sur nombres d'événements, congrès, salons... On a fait beaucoup de présentiel, en ciblant quel serait le marché à chaque fois.

D'un point de vue des médias, nous sommes présents sur LinkedIn, Viadeo, Twitter et Facebook, même si nous ne sommes pas très actifs dessus. Nous faisons aussi de l'emailing.

En termes de marketing, le fait d'être différenciant change tout. Il n'y a rien de similaire sur le marché.

 

Quelles difficultés rencontrez-vous dans votre domaine en général et avec votre statut de start-up en particulier ?

Il n'y a pas de difficultés particulières, mais aussi beaucoup à dire.

On nous assimile souvent à des logiciels de type Dropbox, donc gratuits. Il y a comme un sentiment que l'on fait payer le client pour quelque chose qu'il pourrait avoir gratuitement, alors que c'est un service bien plus complet ! L'assimilation à quelque chose de gratuit pose problème.

Ensuite, il y a un certain paradoxe : c'est un nouveau service, il y a donc toute une éducation du marché à accomplir pour qu'il comprenne ce que l'on fait. Avant de vendre, la personne doit comprendre ce dont elle va bénéficier.

En tant que start-up, le temps et les moyens nous manquent mais nous avons appris qu'on doit prendre le temps d'éduquer.


Nous avons énormément travaillé en dépensant une énergie phénoménale pour avoir davantage de monde qui adhère à notre projet, sans nécessairement avoir toujours les moyens adéquats pour mettre tout cela en oeuvre.

Une start-up se doit d'être agile, et de focaliser ses efforts là où le marché répond positivement. Le risque, c'est que l'on est tellement excités qu'on veut être partout. Il faut vite apprendre à se canaliser, parce que c'est un réel danger.

 

L'entrepreneuriat est intellectuellement enrichissant pour moi. Cela fait 4 ans et demi que MyCompanyFiles est lancé, et je n'ai pas vu le temps passer...

 

Comment envisagez-vous/pensez-vous le digital ?

Le digital doit être au service de l'humain. Apporter des outils numériques doit permettre de renforcer le contenu humain de la relation, et non le contraire.


Les outils doivent permettre de gagner du temps, pour passer du temps avec le client et lui rendre un vrai service. C'est ce que mon expérience m'a montré.

 

Quelles seraient, d'après vous, les solutions à apporter aux entrepreneurs dans le domaine des chiffres ?

Les gens des chiffres sont extrêmement précis. Ils ont donc un niveau d'exigence très élevé, ce qui implique un taux d'investissement lourd. Puisqu'ils s'habituent à cette valeur ajoutée, il y a une grande attente et une moins grande tolérance en cas de bug.

Les solutions seraient d'obtenir des aides et des financements pour aller vers ces marchés difficiles à accéder.

Aussi, il serait intéressant d'avoir un Compta Online qui viendrait mettre des notes sur nos solutions. Ce serait intéressant que des gens neutres « benchmarquent » la solution.

Aujourd'hui, j'ai l'impression que les experts-comptables sont un peu livrés à eux-mêmes. Un tiers parti qui viendrait donner des notes serait pertinent. Quelqu'un qui a la liberté de parole et qui donne des avis positifs (ou négatifs) intéressants... Je ne pense pas que cela existe aujourd'hui.

Les experts-comptables sont très prudents. Ils se demandent d'abord si nous serons encore là demain, avant d'envisager de faire affaire. Il n'y a pas d'engagement rapidement. Pourtant, il faut investir gros pour que cela décolle... Là encore, c'est paradoxal.

On a beaucoup investi, justement. C'est toujours différenciant d'avoir l'appli, avec ces petites choses supplémentaires que l'on met en avant.

Or, l'expertise comptable est un business qui a longtemps tourné de la même façon.

Désormais, il y a des solutions qui promettent que, petit à petit, il n'y aura plus rien à saisir. Ils le redoutent, mais c'est voir le problème du mauvais côté. Ils devraient le considérer comme un challenge, en se disant « on va pouvoir faire de la valeur » en formant différemment leur personnel, par exemple. Rentrer dans de l'accompagnement, optimiser son service...


Je suis une start-up : quel cabinet est capable de m'orienter vers des solutions de financement ? Ils ne sont pas nombreux... C'est même moi qui ai appris des choses à mon expert-comptable en termes de solutions de financement (rires).

Notre promesse, c'est que l'on se facilite la vie, tous ensemble. Et quand on veut voir son client, on le fait parce qu'on aura optimisé son temps.

L'équipe de la rédaction

L'équipe de la rédaction sur Compta Online

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