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Impacts prévisibles de l'intelligence artificielle sur les métiers du Chiffre

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Catégorie : Actualité des métiers du chiffre
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Plus un cabinet est dépendant de tenue  comptable, plus il est menacé par  l'intelligence artificielle

L'intelligence artificielle arrive dans les entreprises et promet l'automatisation de l'intégralité de la production comptable de base.

Protégés par la réglementation, le risque est grand pour les experts-comptables de se reposer sur les acquis et de refuser de changer. La résistance au changement et l'inertie sont désormais les pires ennemis de l'expert-comptable et de ses collaborateurs.

L'expertise comptable est un métier dont l'activité traditionnelle et déclarative est de plus en plus numérisée. « C'est un métier disruptable, modifiable par l'intelligence artificielle » rappelle Laurent Alexandre, énarque, médecin et serial entrepreneur.

Pour lui, plus un métier est numérisé, plus il est en danger s'il n'évolue pas. Les métiers manuels sont, en ce sens, beaucoup moins menacés. Le fait de construire un robot coûte encore beaucoup trop cher pour imaginer les utiliser pour des métiers manuels.

« La vision selon laquelle l'intelligence artificielle prendrait le travail des comptables et experts-comptables est une vision naïve.

Ce sera beaucoup plus subtil que cela. »

Laurent Alexandre

DNA Vision

Beaucoup estiment cependant qu'entre le moment où l'intelligence artificielle changera totalement le métier de l'expert-comptable et aujourd'hui, il reste du temps pour s'adapter et former les collaborateurs à un nouveau métier, celui de l'accompagnement des clients.

A condition de réfléchir à l'avenir du cabinet dès aujourd'hui.

 

Faut-il attendre pour se préparer à l'arrivée de l'intelligence artificielle dans nos métiers ?

Face à l'intelligence artificielle qui arrive sous forme de solution Cloud et non de robot en métal, deux attitudes sont possibles.

La première attitude consiste à se reposer sur le monopole et à attendre bien tranquillement, parfois en espérant tenir jusqu'à la retraite et vendre ensuite son cabinet.

La seconde attitude consiste à s'intéresser aux changements en cours et à se préparer.

Laurent Alexandre le dit en ces termes « faire de la veille technologique est devenu indispensable dans tous les métiers » et cette veille technologique ne doit pas s'arrêter « à la consultation périodique des logiciels comptables proposés » par les partenaires de la profession.

Aujourd'hui, l'essentiel de la valeur a déjà quitté les entreprises centenaires pour se concentrer entre les mains des GAFA ou GAFAM, BATX et NATU, les géants du web [1]. L'avenir semble être aux concepteurs de plateformes, les pionniers devenant difficiles à rattraper.

L'expert-comptable gagnerait ainsi à « être transversal » et à acquérir des « compétences horizontales », « magnifier la différence », « réfléchir à ce qu'il peut faire pour devenir meilleur qu'un expert-comptable accompagné par l'intelligence artificielle ».

L'intelligence artificielle ne sait pas gérer la complexité. Elle reste aujourd'hui encore sur des compétences techniques.

Pour Kevin Kelly, l'un des spécialistes mondiaux de l'intelligence artificielle, le manager de demain, est celui qui sait faire travailler les différentes intelligences artificielles et biologiques ensemble.

« Dans une quinzaine d'années, l'intégralité de la tenue des comptes sera automatisée » estime Laurent Alexandre.

 

L'avenir du cabinet et de ses collaborateurs avec l'émergence de l'intelligence artificielle

Que se passera-t-il lorsque la mission traditionnelle sera gérée automatiquement par l'intelligence artificielle ?
Faudra-t-il licencier tous les collaborateurs en charge de la saisie ou vendre les cabinets traditionnels pour en créer de nouveaux ?

La tenue des comptes représente une part conséquente du chiffre d'affaires des cabinets et la perte du chiffre d'affaires associé pourrait conduire au licenciement de 30 000 à 40 000 collaborateurs, majoritairement diplômés d'un bac+2 maximum. Employés aujourd'hui essentiellement à la saisie des factures, ces collaborateurs perdront probablement leur emploi si rien ne change.

« La peur de la perte du travail est une peur aussi vieille que le travail lui-même ». De nombreux métiers ont disparu au fil du temps, certains avec l'arrivée de l'eau courante et de l'électricité et pourtant, les hommes ont continué à travailler. Ils ont simplement trouvé d'autres occupations.

Pour Philippe Barré, expert-comptable et fondateur du think tank les Moulins, la solution à moyen terme est dans l'accompagnement des clients. « Le collaborateur en charge de la saisie est parfaitement capable, après une petite formation, d'expliquer une marge et quelques tableaux à un client ». Il a l'avantage de bien connaître le client et ses habitudes.

« Le problème ne se situe pas dans la taille des cabinets, mais dans la mission traditionnelle.

Quelle que soit la taille, plus un cabinet est dépendant de la mission traditionnelle, plus il est menacé par l'intelligence artificielle. »

Philippe Barré

B-ready


Avec l'automatisation, tous les cabinets peuvent saisir cette opportunité pour réfléchir à la manière de « créer de la valeur et de l'utilité client ». « Tout est question de stratégie ».

La perte de chiffre d'affaires sera alors compensée par de nouvelles compétences acquises par les collaborateurs et l'expert-comptable. Les premiers apprendront à accompagner le client et à commenter / analyser les chiffres. Les autres pourront acquérir des connaissances plus pointues pour proposer des missions de conseil. Le temps gagné grâce à l'automatisation doit permettre de réfléchir à la stratégie et d'acquérir de nouvelles compétences.

Ces compétences seront parfois moins techniques que comportementales mais obligent les professionnels de la comptabilité à « recréer de la valeur en adoptant une nouvelle posture et une nouvelle approche du métier ».

Pour Son-Thierry Ly, chercheur et docteur en économie de l'éducation, les dernières avancées en matière de pédagogie qui utilisent les sciences cognitives ont démontré que toutes les personnes volontaires pouvaient apprendre de nouvelles compétences à tout âge.

Le choix portera alors sur la manière d'évoluer : seul ou avec ses collaborateurs, l'expert-comptable doit conduire le changement.

[1]GAFA : Google, Apple, Facebook, Amazon
GAFAM : Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft
BATX : Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi
NATU : Netflix, Airbnb, Tesla et Uber


Sandra Schmidt

Sandra Schmidt
Directrice de la rédaction sur Compta Online


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