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L'interprofessionnalité permet d'aller bien au-delà de l'apport d'affaires

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Catégorie : Actualité des métiers du chiffre
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Témoignages : opportunités et freins de l'interprofessionnalité

La soirée dédiée à l'interprofessionnalité organisée par le Village de la Justice a été l'occasion de présenter un certain nombre de témoignages. Des réflexions autour de l'interprofessionnalité, des projets en cours ou finalisés ont permis de comprendre les opportunités offertes par l'interprofessionnalité mais aussi ses limites actuelles.

 

« Passer d'une interprofessionnalité informelle à une interprofessionnalité d'exercice est radicalement différent »

Pour Dan Kohn, administrateur d'Open Law, un espace de travail et d'expérimentation en mode collaboratif « la pluriprofessionnalité peut se vivre autrement qu'avec les seuls professionnels du droit et du chiffre ».

La vraie pluriprofessionnalité d'exercice va au-delà du réseau d'apporteurs d'affaires bien connu des professions libérales. Il s'agit de « constituer un groupe d'experts dédié à un projet et non à un dossier ou des clients » précise Dan Kohn.

Pour Guillaume Boulan, secrétaire général du réseau d'avocats et d'huissiers de justice, Eurojuris, « passer d'une interprofessionnalité informelle à une interprofessionnalité d'exercice était radicalement différent parce qu'elle reposait sur un véritable projet d'entreprise, avec des professionnels qui acceptent de partager les bénéfices et les risques ».

C'est aussi un vrai challenge lorsqu'il s'agit de trouver un financement pour le projet. Certaines professions libérales ont des revenus récurrents, d'autres non. La structure d'exercice doit permettre « à chacun d'apporter sa pierre à l'édifice et apporter suffisamment de recommandations au jeune avocat pour lui permettre de participer au développement de la structure » estime Patrick Felden, Responsable Partenariats Ile de France et Loiret Crédit du Nord. Car « le prévisionnel de la structure d'exercice pluriprofessionnelle est forcément basé sur des chiffres ».

 

Guichet unique ou stratégie de niche : « partir de la clientèle qui doit être au centre de la réflexion »

Les sociétés pluriprofessionnelles d'exercice imaginées par les élèves avocats et les professionnels présents vont vers des structures très spécialisées.

Les projets Captain Due Dil' et Prest'arte montrent ce que pourrait être une SPE, la première dans les dues diligences et la seconde dans le domaine de l'art. Ils intègrent des experts-comptables, des commissaires aux comptes et des spécialistes de leur secteur d'activité. C'est une vision très ouverte de l'interprofessionnalité et probablement son avenir.

De manière plus classique, la collaboration entre professionnels du droit et du chiffre peut se faire dans le cadre d'une transmission d'entreprise. Dans ce domaine, la collaboration entre les professionnels est courante, même en l'absence de SPE. Ce n'est pas le seul.

Didier Salmon, président du réseau Cabex, un réseau de cabinets d'expertise comptable a plusieurs projets en cours avec un réseau d'avocats de taille équivalente. Il précise : « nous avons créé une structure commune qui travaille sur ces notions de transmission d'entreprise. La structure démarre tout juste ». Nous avons aussi « créé une structure dans une niche plus spécifique qui est le droit aérien ».

Pour fonctionner, l'interprofessionnalité peut se faire de deux manières. Le guichet unique du droit et du chiffre avec une vraie répartition des rôles de chacun en est un premier exemple. Un premier projet est en cours au sein du réseau Eurojuris en région. Pour Guillaume Boulan « c'est compliqué à faire à cause des freins auprès des différentes instances mais c'est en cours ».

La seconde solution consiste à « partir de la clientèle qui doit être au centre de la réflexion et proposer sur le marché, une offre qui va satisfaire le public » estime encore Guillaume Boulan.

Leur vision est partagée par Thomas Maertens, notaire associé lorsqu'il estime que « les premiers projets interprofessionnels partiront du client ». La « plupart des structures qui se montent sont des sociétés d'exercice libéral, SELARL ou SELAS ». Les SPE sont rares.

 

« Il faut faire évoluer les textes pour rendre l'interprofessionnalité d'exercice effective »

Les témoignages le montrent. Créer une structure pluriprofessionnelle d'exercice n'est pas simple et les freins sont relativement nombreux. Le premier de ces freins est la déontologie des différents professionnels. Les structures pluridisciplinaires doivent garantir le respect des différentes déontologies dans les statuts.

Outre le fait qu'avocats et experts-comptables travaillent déjà ensemble au quotidien en qualité d'apporteur d'affaires, créer une structure pluriprofessionnelle d'exercice est relativement compliqué.

« Nous nous battons un peu avec le bâtonnier et l'ordre des experts-comptables de notre région parce que les textes ne sont pas clairs » précise Didier Salmon. « Au sein de nos deux réseaux, nous avons mis en place un comité stratégique qui travaille sur la manière de mettre en place une SPE et ce qu'il faut faire évoluer dans les textes pour la rendre effective ».

« On s'aperçoit que l'interprofessionnalité au sein de nos professions est quelque chose de très très long à mettre en oeuvre ».

Guillaume Boulan estime pour sa part que c'est avant tout « l'organisation en silo de la SPE qui pose problème ». Le client qui rentre dans la SPE désigne un professionnel qui sera son interlocuteur unique. « Cette faculté complique les choses ».

Enfin, les « avocats qui ont déjà une clientèle bien établie ont peur de perdre une partie de leur clientèle. Celui qui est en relation avec une dizaine d'experts-comptables prescripteurs aura du mal à entrer dans une SPE avec l'un d'entre eux, au risque de perdre les autres prescripteurs ». Ce même frein existe chez les notaires, relativement peu nombreux par rapport aux autres professions. Car pour Thomas Maertens, le notaire « n'accompagne pas son client dans un projet unique, il l'accompagne souvent dans différentes étapes de sa vie »

« Les jeunes qui viennent sur le marché sont donc les mieux positionnés pour créer des SPE car c'est un vrai changement de mentalité » conclut Guillaume Boulan.


Sandra Schmidt

Sandra Schmidt
Directrice de la rédaction sur Compta Online



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