Nouveau Guide Data : interview de Sanaa Moussaid, vice-présidente du CSOEC

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« L'analyse de données est la continuité logique du métier de l'expert-comptable »

L'exploitation par les experts-comptables des données qu'ils produisent est à la fois un enjeu d'avenir et un sujet de débat régulier. C'est aussi un thème d'actualité, avec la sortie du nouveau Guide Data du Conseil supérieur de l'Ordre des experts-comptables, et la présentation d'un prototype au cours du prochain Congrès.

Sanaa Moussaid, vice-présidente du CSOEC en charge du secteur Stratégie numérique, répond à nos questions.

Comment est né le nouveau Guide Data ?

Au départ, le Conseil supérieur (CSOEC) voulait produire des fiches synthétiques, pour expliquer certains concepts, comme le big data, le RGPD ou la business intelligence. Mais nous avons rapidement constaté que les confrères se posaient beaucoup de questions sur ces sujets. Nous avons donc décidé de constituer un groupe de travail, représentatif de la profession, pour recueillir ces besoins. Ce groupe a rapidement mis en évidence un réel besoin de pédagogie, et nous avons logiquement décidé de consacrer un guide entier à ce sujet.

La production de cet ouvrage a été possible grâce à l'expérience de la donnée acquise au niveau institutionnel avec Statexpert et Image PME. Mais aussi, et surtout, grâce au travail remarquable des équipes du CSOEC. Compte tenu de la nature du sujet, on peut véritablement parler de travail collaboratif.

 

Le développement de missions dans le domaine de la donnée peut-il se faire sans l'embauche d'un profil spécialisé ?

Chaque expert-comptable est capable d'acquérir des connaissances en matière de data. Pour moi, c'est un prolongement logique de notre métier. Alors bien sûr, les cabinets d'une certaine taille, ou très structurés, pourront recourir à un spécialiste en recrutant un data analyst ou un data scientist, ou en dédiant une personne du cabinet à ce sujet. Et c'est d'ailleurs pour cela que nous avons créé une formation en partenariat avec l'École centrale de Lyon.

Pour autant, je ne pense pas que l'expert-comptable doive se transformer en data scientist ou en développeur. Analyser les données, c'est le rôle de l'expert-comptable. Avec quelques formations spécialisées et un outil adapté, c'est un travail dans nos cordes, accessibles aux petits cabinets. Traiter, regrouper, fiabiliser les données, par contre c'est le métier du data scientist, ou le rôle d'un outil. Les deux sont complémentaires.

 

Les cabinets disposent-ils des moyens nécessaires pour exploiter seuls les données qu'ils produisent ? Ou ce traitement doit-il se faire au niveau de la profession ?

Les plus petits cabinets ne peuvent évidemment pas constituer de véritable datalake [NDLR : ensemble de données devenu si massif et volumineux qu'il est devenu impossible pour l'esprit humain ou pour l'outil informatique classique de gestion de les traiter et de les analyser]. Pour moi, l'effort doit donc se faire au niveau de la profession, sur le modèle de ce qui se fait avec Image PME et Statexpert.

Ces solutions apportent une information déjà analysée. Mais on pourrait imaginer proposer également un flux de données brutes, pour répondre à des besoins plus spécifiques. Cette offre de données pourrait s'adresser aux cabinets bien sûr, mais également aux partenaires de la profession qui voudraient construire de nouveaux services.

Il est trop tôt pour définir un modèle économique autour de ce futur datalake de la profession, mais c'est bien évidemment une réflexion en cours. L'expert-comptable doit rester un élément fondamental de la chaîne de validation et de sécurisation de l'information.

 

Conseillez-vous aux cabinets de mettre à jour dès maintenant leurs lettres de mission pour anticiper tout traitement de données ? Prévoyez-vous de fournir un modèle de clause pour obtenir le consentement des clients ?

Je conseille fortement aux cabinets de vérifier leurs lettres de mission. Tout d'abord, et c'est un préalable, pour vérifier leur conformité au RGPD. Pour cela, il est possible de se référer aux modèles mis à disposition par le Conseil supérieur, qui ont évidemment été mis à jour.

Je recommande aussi d'y ajouter une mention concernant l'autorisation d'exploitation des données recueillies et anonymisées. Nous travaillons en ce moment sur de tels modèles de clauses pour recueillir ce consentement dès la signature de la lettre de mission.

 

Données et intelligence artificielle sont souvent présentés comme indissociables. Mais le recours à l'IA a-t-il du sens dans une profession qui produit en majorité des données structurées ?

Il est vrai que de nombreuses données produites par les cabinets sont structurées, surtout depuis la mise en place du fichier des écritures comptables (FEC). Dans de nombreux cas, le recours à l'intelligence artificielle n'est donc pas adapté et l'utilisation d'algorithmes « simples » suffit.

Bien sûr, je ne nie pas l'importance de l'intelligence artificielle de façon générale. Mais il est vrai que dans notre profession, de nombreuses solutions qui revendiquent une utilisation de l'IA n'y ont réellement recours qu'à toute petite dose, voire pas du tout. Et c'est normal, compte tenu de la structuration des données que nous produisons.

Il y a encore beaucoup de fantasmes sur ce sujet. On cite souvent le prédictif comme cas d'usage de l'IA par exemple. Ce sera probablement quelque chose d'utile à nos clients dans les années à venir, mais la réalité est qu'à l'heure actuelle, on ne peut pas prédire des éléments financiers de manière fine.

 

Quels sont les prochaines étapes des travaux du groupe Data du Conseil supérieur ?

La publication du guide data ne signifie pas la fin de nos réflexions dans ce domaine. Sur ce sujet comme sur beaucoup d'autres en matière de numérique, on apprend en marchant. Nous allons donc continuer ce travail de pédagogie, mais aussi continuer à recueillir les besoins de nos cons½urs et confrères, pour orienter nos travaux et mieux répondre à leurs préoccupations. Il y aura donc très certainement d'autres communications à venir !

S'il y avait une leçon à tirer de ces travaux, ce serait que la data n'est pas réservée à des profils exceptionnels, avec des formations ultra-pointues ou des expériences extrêmement spécifiques. Notre profession a déjà beaucoup évolué depuis le début de la révolution numérique, et je suis sûre qu'elle continuera à évoluer dans cette direction. Chaque professionnel peut décider de s'approprier le sujet, en se formant à de nouvelles méthodes, de nouveaux outils, et en s'informant régulièrement. Le traitement et l'analyse des données ont toujours fait partie du métier de l'expert-comptable, il n'y a rien d'insurmontable. 

J'invite aussi nos consoeurs et confrères à suivre les flash métiers « La data dans tous ses états », qui auront lieu lors du 75e Congrès, en deux parties, mercredi et jeudi après-midi !

Julien Catanese

Julien Catanese
Directeur éditoral de Compta Online, média communautaire 100% digital destiné aux professions du Chiffre depuis 2003.
Diplômé d'expertise comptable, après 7 ans en tant que rédacteur en chef puis directeur de la rédaction Fiscalistes et experts-comptables chez LexisNexis, je rejoins l'équipe Compta Online en juin 2020.
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