Quel bilan de mandature pour Charles-René Tandé ?

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Catégorie : Actualité des métiers du chiffre
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Interview du président du Conseil supérieur de l'Ordre

Les élections au Conseil supérieur de l'Ordre des experts-comptables auront lieu du 8 au 22 novembre prochain. Charles-René Tandé, président du Conseil supérieur de l'Ordre depuis mars 2017, fait le bilan de sa mandature et trace plusieurs perspectives pour la profession.

Quelles sont les réalisations du Conseil supérieur dont vous êtes le plus fier ?

Je retiendrai d'abord le travail d'influence mené auprès des pouvoirs publics, qui a permis d'ouvrir de nouvelles possibilités aux experts-comptables : compétences spécialisées, mandat de paiement et de recouvrement, mandat implicite, honoraires de succès,... Les discussions que nous avons eues en amont de la loi Pacte ont permis d'obtenir tout cela, et de favoriser la croissance des cabinets tout en simplifiant leur quotidien. Au delà de la loi Pacte, ce travail aura été permanent et concerné de nombreux textes. Il se poursuit encore aujourd'hui avec la loi ASAP, où nous plaidons pour la dématérialisation de certains actes.

Autre sujet d'importance, lancé dès le début de la mandature : la facturation électronique. Nous disposons aujourd'hui d'une plateforme de factures électroniques opérationnelle, avec jefacture.com. C'était vital compte tenu du bouleversement qui s'annonce en 2023 ou 2025.

La reconnaissance des compétences spécialisées était aussi un enjeu essentiel. C'est une avancée majeure qui portera ses fruits dans les années à venir, en permettant aux cabinets d'avoir un discours marketing plus percutant.

 

Quels sont les chantiers qui n'ont pu être achevés, et qui devront selon vous être poursuivis par la prochaine mandature ?

Il y a d'abord le sujet de la réforme des diplômes. Durant ces 4 ans, nous avons lancé une grande enquête auprès de toutes les personnes concernées, professeurs et étudiants notamment. Nous avons recueilli beaucoup d'idées et de besoins et on peut donc dire que la phase d'analyse a été menée à son terme. Mais avec l'arrivée de la crise sanitaire, j'ai préféré concentrer nos efforts sur l'accompagnement des cabinets et de nos clients. Il appartiendra donc à la prochaine mandature de faire des propositions.

Autre sujet d'ampleur qui doit être poursuivi, celui de la data. Nous avons bien avancé, et l'interview de Sanaa Moussaid et de Dominique Périer que vous avez réalisée montre bien l'étendue des actions menées [NDLR : voir nos deux articles, ici et ici]. Mais les travaux doivent être poursuivis, notamment avec la construction d'un data lake de la profession.

 

La question du nom même de la profession a été évoquée à plusieurs reprises lors du dernier Congrès. Êtes-vous favorable à son évolution ?

C'est un débat ancien. Il est vrai que le terme « comptable » peut parfois être perçu comme péjoratif, ou poussiéreux. Tout est possible : devons-nous devenir des experts-conseil ? Ou remplacer notre nom par des initiales, à l'instar de nos confrères CPA québecois ? A titre personnel, je ne suis pas favorable au changement de nom de notre profession. Notre titre est porteur de valeurs de sérieux, de fiabilité, d'assurance. Je crains qu'en le modifiant on perde ce capital. Pour moi, l'enjeu réside plutôt dans la valorisation du titre par notre communication. Avec le numérique, nous avons toutes les cartes en main pour faire évoluer notre image.

 

Les élections en cours sont inédites sous de nombreux aspects. Dans le même temps, de nouveaux regroupements de cabinets font leur apparition. Quelle est votre analyse du paysage politique de la profession ?

Je suis fier de la réforme obtenue car elle permet des élections nationales au suffrage universel direct. Nos cons½urs et confrères peuvent ainsi exprimer leur opinion sans qu'il y ait de place pour les arrangements et négociations politiques, comme on a pu le voir par le passé. Ce mode de scrutin me paraît beaucoup plus sain ; mais il est vrai qu'il bouleverse aussi nos habitudes, et favorise l'apparition de nouvelles listes. Je pense toutefois qu'il est trop tôt pour parler de recomposition du paysage professionnel. Tout dépendra du résultat des élections.

L'arrivée de nouvelles structures, du type F3P (Fédération française des firmes pluridisciplinaires) ou FCI (Fédération des cabinets intermédiaires) traduit par ailleurs une segmentation croissante de notre profession, en fonction de la taille des cabinets. Cela ne me semble pas être une bonne chose. Actuellement, des cabinets de tailles différentes se côtoient et échangent dans les syndicats et instituts de la profession. C'est une véritable richesse, qu'il ne faut pas perdre.

 

Au début de votre mandature vous souligniez l'importance de mener un « lobbying concerté » avec l'Ordre, les syndicats et la CNCC. Pensez-vous avoir atteint cet objectif ?

Je crois toujours à l'importance de la concertation avant l'action. Unie, la profession sera plus forte. Face à un projet de loi, à des parlementaires, vous ne faites le poids que si vous affichez une véritable unité. Nous avons pu le vérifier au cours de cette mandature, lors des discussions autour de la loi Pacte pour son volet expertise comptable. Cela a grandement facilité les discussions avec le Gouvernement et permis d'obtenir les avancées que nous connaissons. C'était aussi le cas sur la réforme, projet suspendu avec le confinement.

 

Certains Conseils régionaux critiquent la mise en place de la réglementation anti-blanchiment et des modalités du contrôle qualité. Que leur répondez-vous ?

J'assume complètement ces décisions. Concernant la lutte anti-blanchiment, la question est très claire : voulons-nous assurer nous-mêmes cette mission, ou la déléguer à un organisme extérieur, comme le H3C ? Pour ma part, je pense qu'il faut maintenir cette mission au sein de la profession. À partir de là, le Conseil supérieur doit mener les contrôles nécessaires, en fonction de la réglementation. Nous n'avons pas décidé de l'ARPEC [NDLR : Analyse des risques de la profession d'expertise comptable], mais nous sommes dans l'obligation de présenter une cartographie des risques.

Concernant le contrôle qualité, je pense au contraire que nous avons bien avancé sur cette question, en simplifiant les procédures par la mise en place de nouveaux outils numériques. C'est une contrainte bien évidemment, mais cela va avec le caractère réglementé de notre profession. Contrairement à ce que l'on peut entendre, les contrôleurs qualité ne sont pas en train de se transformer en contrôleurs fiscaux. Nous dépendons du ministère de l'Économie, des Finances et de la Relance, le minimum est donc que nous respections nos obligations fiscales. Le rôle des instances est tout simplement de s'en assurer, en cours d'activité comme au moment de l'inscription au Tableau.

 

La fin de la séparation stricte entre audit et conseil ne crée t-elle pas une nouvelle concurrence pour les cabinets d'expertise comptable ?

Je ne le crois pas du tout. Tout d'abord, les commissaires aux comptes disposent d'un code de déontologie, qui encadre strictement leurs missions et les cas dans lesquels ils peuvent faire du conseil. Ensuite, je pense, comme le président Bouquot, que le conseil n'est pas dans l'ADN du commissaire aux comptes. Le marché ne va pas se tourner vers cette profession pour ce type de missions. Il l'attend plutôt du côté de la conformité, de la réalisation d'attestations, etc. Le marché du conseil est considérable, l'enjeu n'est vraiment pas la concurrence des commissaires aux comptes. 

 

Envisagez-vous d'autres responsabilités au sein de la profession après la fin de votre mandat ?

J'ai eu le plaisir et l'honneur de présider pendant 4 ans le Conseil supérieur de l'ordre des experts-comptables, après 4 années en tant que président de l'IFEC. C'est donc une longue période au service de la profession qui s'achève. Désormais, je souhaite me recentrer sur mon exercice professionnel et mon cabinet. Je le ferai aussi avec beaucoup de plaisir, et je n'envisage pas d'exercer d'autres responsabilités au sein de la profession.

 

Comptez-vous appliquer certaines réalisations de cette mandature au sein de votre cabinet ?

Bien sûr, et c'est ce qui est passionnant ! Pour tout vous dire, nous travaillons actuellement au développement d'une stratégie full service, incluant à la fois des missions de paiement et de recouvrement, mais aussi le recours généralisé à la facturation électronique.

Julien Catanese

Julien Catanese
Directeur éditoral de Compta Online, média communautaire 100% digital destiné aux professions du Chiffre depuis 2003.
Diplômé d'expertise comptable, après 7 ans en tant que rédacteur en chef puis directeur de la rédaction Fiscalistes et experts-comptables chez LexisNexis, je rejoins l'équipe Compta Online en juin 2020.
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